La comptabilité analytique, ou comptabilité de gestion, ne s'adresse pas à l'extérieur. Elle n'est pas normée, n'a pas à être publiée, et n'obéit qu'à un critère : aider à décider. C'est ce qui la sépare de la comptabilité générale, qui obéit à un plan comptable et à des règles opposables.
Ce qu'elle cherche à savoir
Quatre questions reviennent. Combien coûte réellement ce produit, ce service, ce client ? Où se forme la marge et où se perd-elle ? Faut-il produire ou acheter ? À partir de quel volume gagne-t-on de l'argent ? Le reste (tableaux de bord, budgets, contrôle) s'appuie sur ces réponses.
Charges directes et charges indirectes
Une charge directe s'affecte sans ambiguïté à un objet de coût : la matière d'un produit, le temps d'un opérateur sur une commande. Une charge indirecte concerne plusieurs objets et doit être répartie : le loyer, la direction, la maintenance générale.
Toute la difficulté de la discipline tient dans cette répartition. Le choix de la clé (heures machine, effectifs, surface, chiffre d'affaires) n'est pas neutre : il décide de la rentabilité affichée de chaque produit. Deux clés différentes peuvent faire d'un produit un gagnant ou un perdant. C'est pourquoi la clé doit refléter une causalité réelle, pas une commodité de calcul.

La méthode des coûts complets
La méthode traditionnelle, dite des centres d'analyse, répartit les charges indirectes entre des centres, approvisionnement, production, distribution, administration, puis les impute aux produits par une unité d'œuvre propre à chaque centre. Elle donne un coût de revient complet, utile pour valoriser les stocks et pour fixer un prix plancher.
Son défaut est connu : quand les charges indirectes deviennent majoritaires, ce qui est le cas dans la plupart des activités de services et dans l'industrie moderne, , l'essentiel du coût est réparti par des clés approximatives, et le résultat perd son sens.
Les coûts partiels
La méthode du coût variable ne retient que les charges qui varient avec le volume. Elle fait apparaître la marge sur coût variable, puis le seuil de rentabilité : le chiffre d'affaires à partir duquel les charges fixes sont couvertes. C'est l'outil de décision à court terme le plus solide, notamment pour accepter ou refuser une commande supplémentaire.
Le coût spécifique, ou direct costing évolué, ajoute les charges fixes directement rattachables à un produit ou à une activité. Il permet de savoir si l'arrêt d'une gamme ferait réellement disparaître des coûts, question à laquelle le coût complet répond mal.
La méthode ABC
La comptabilité par activités part d'un constat : ce ne sont pas les produits qui consomment des ressources, ce sont les activités, et les produits consomment des activités. On identifie donc les activités, passer une commande, régler une machine, traiter une réclamation, , on affecte les charges aux activités, puis les activités aux produits selon des inducteurs de coût réels.
Elle est nettement plus juste quand les séries sont courtes et variées, parce qu'elle fait apparaître le coût de la complexité. Elle est aussi plus lourde à mettre en place et à maintenir : c'est la raison principale des abandons.
L'imputation rationnelle
Dernière méthode utile et peu employée : elle corrige le coût unitaire des variations d'activité, en n'imputant les charges fixes qu'à hauteur de l'activité normale. Sans elle, un coût de revient monte mécaniquement quand la production baisse, ce qui conduit à augmenter les prix au pire moment.

